Les chroniques du confinement - Episode 1

Les 5 étapes du deuil

 

S’il est une chose positive à cette période très particulière dans nos vies, c’est qu’elle m’a permis de retrouver le goût d’écrire. J’ai eu envie de coucher sur le papier (numérique) mon ressenti et j’ai recommencé à écrire. Aujourd’hui, je prends mon courage à deux mains et partage avec vous ce premier chapitre. 

Sans rentrer dans les comparaisons morbides, j’ai pourtant eu l’impression de vivre cette situation comme un deuil. Un deuil suite à la mort de mon activité, de ma routine, de ma vie d’avant en fait. Car même si je sais que les choses finiront par repartir (du moins je l’espère), rien ne sera plus jamais comme avant. 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce confinement n’est pas arrivé à l’improviste. Nous l’avons vu venir, tandis que l’épidémie gagnait du terrain en France et dans le monde. Pourtant, quand les choses s’accélèrent en moins d’une semaine et que nous passons au stade II, puis au Stade III et enfin au confinement à partir du 16 mars, je n’arrive pas à y croire. 

La semaine avant cette annonce, je travaillais. Je réalisais des shooting, en planifiais d’autres et je me félicitais des progrès de mon chiffre d’affaires par rapport à l’année dernière. Si j’avais bien compris que les choses allaient se compliquer, avec déjà un certains nombres d’événements annulés, je ne voulais pas croire à quel point cette pandémie allait menacer mon activité professionnelle et bouleverser mon quotidien. 

 

Etape 1 – Le déni

Pour le coup, vous l’aurez compris, j’étais déjà en phase de déni bien avant l’annonce du confinement. 

Depuis que j’ai décidé de quitter le confort du salariat et lancer mon auto-entreprise,  le moins qu’on puisse dire c’est que la vie n’a pas été un long fleuve tranquille.

J’ai alterné des phases d’optimisme incroyables ; lorsque j’ai signé mes tous premiers clients par exemple, lorsque pour la première fois j’ai été contactée par un prospect qui n’avait jamais entendu parler de moi et m’avait simplement trouvé sur internet, … avec des phases de découragement intense ; lorsque mes premiers devis n’ont pas été acceptés, lorsque mes premiers clients dont j’étais si contente ont décidé d’aller voir ailleurs car ils avaient trouvé moins cher par exemple, … 

Pourtant, j’ai toujours eu envie d’y croire et je n’ai jamais cessé de me battre pour réussir à vivre de cette activité de Photographe, qui me procure par ailleurs tant de joies et de bonheur. 

Je commence l’année 2020 plus que confiante, cette année c’est l’année de la consolidation ! Après deux premières années faites de hauts et de bas mais un chiffre d’affaire globalement croissant au cours de mon évolution, les graines germées commencent tranquillement à pousser. Pour la première fois, malgré le ralentissement lié à la saison hivernale, j’ai suffisamment de demandes pour finir le mois en positif et même m’octroyer quelques jours de vacances en février ! 

Février sera un mois plus calme, mais le mois de mars démarre beaucoup mieux que celui des années précédentes. Bien évidemment, je ne veux pas croire à l’inéluctable ! Tous les efforts déployés durant ces derniers mois ne peuvent pas avoir servi à rien, ce n’est pas possible, il faut que ça redémarre dans quinze jours, sinon je mets la clé sous la porte !

 

Etape 2 – la colère

La colère…  Mais contre qui en fait? Je ne le sais même pas. Colère complètement irrationnelle contre ce virus déjà : c’est sa faute si je ne peux plus travailler ! 

Contre moi-même aussi : pourquoi je n’ai pas travaillé plus à développer mon activité de manière pérenne ? Pourquoi j’ai décidé d’investir à chaque fois que j’ai réalisé des bons mois au lieu de mettre des sous de côté? (achat de nouveau matériel photo, communication et divers investissements destinés à développer et pérenniser mon activité). Il parait que c’est la chose à faire quand on veut développer son entreprise… mais est-ce que je n’aurais pas dû attendre de consolider mon activité avant d’investir ? Oui mais est-ce que j’aurais développer mon entreprise si je n’avais pas investi ? Bref on tourne en rond là. 

Je regarde en arrière et je me dis que j’aurais dû faire de meilleurs choix, anticiper l’imprévisible, travailler plus dur, peut-être même choisir une autre activité que j’aurais pu exercer à distance ! Je suis confuse et en colère. En colère face à cette situation, mais aussi en colère de ne pas être capable d’y voir plus clair. 

Partout je vois fleurir des articles expliquant qu’il faut rebondir face à cette crise et  profiter des opportunités qu’elle recèle. Mais quelles opportunités en fait ? Inventer le shooting à distance ? Certains l’ont déjà fait mais je ne vois pas bien comment proposer ça à mes clients… Les idées se bousculent dans ma tête mais je les écarte les unes après les autres. Comment les mettre en place ? Est-ce que ça va intéresser les gens ? Et est-ce que c’est bien quelque chose que j’ai envie de faire sur le long terme ? Hors de question de lancer une offre bancale dans l’urgence pour me rendre compte dans quelques semaines que ça ne m’intéresse plus. 

Bien loin de me stimuler, ces témoignages d’entrepreneurs qui réussissent à tirer parti de cette crise pour se réinventer me mettent en colère, toujours contre moi : pourquoi je ne suis pas capable d’en faire autant? 

 

Etape 3 – la négociation

Je ne suis toujours pas prête à accepter la situation ! Moi qui n’ai jamais été très branchée actualité, je passe des heures et des heures à me documenter sur ce satané Coronavirus : est-ce que l’épidémie montre des signes de décrue ? Est-on proche de trouver un vaccin ? Je lis chaque article avec l’espoir d’un  miracle.

Au passage, je me renseigne sur les aides exceptionnelles débloquées pour les entrepreneurs, peut-être que j’aurais droit à quelque chose qui me permettra de tenir le temps que les choses reprennent leur cours normal ? (Non).

Finalement, j’espère encore que les affaires vont reprendre  dans quinze jours, je me dis que ce n’est que temporaire et que ça va vite repartir. Clairement, je me voile encore la face !

 

Etape 4 – la dépression

Cela fait presque une semaine que nous sommes confinés, j’ai fini par comprendre que non, les choses ne vont pas reprendre leur cours normal au bout de quinze jours. Le confinement va durer c’est évident et de mon côté je ne vais pas reprendre les shooting, ni la prospection de sitôt. 

Tous ces efforts depuis tout ce temps pour enfin vivre sereinement de mon activité, et pour quoi? Tout s’écroule en l’espace de quelques semaines et j’ai l’impression que lorsque nous pourrons enfin ressortir, je devrais tout recommencer de zéro. Je suis dégoutée, je perds espoir et j’ai envie de tout abandonner. 

Je ne sais toujours pas bien comment je vais pouvoir continuer mon activité à distance, et j’ai bien conscience que la période est compliquée pour tout le monde. Quelles sont les chances pour les entreprises décident d’organiser une séance photo dès la reprise en priorité ? Bien maigres j’en ai l’impression et je vois l’avenir en noir. 

Je continue à réfléchir à des solutions pour développer mon activité à distance, mais je ne sais toujours pas comment. De toute façon, je sais bien que même si je trouvais une idée, il me faudrait des semaines ou des mois pour arriver à en dégager des revenus… En attendant, je les paie comment mes factures? 

L’esprit est en ébullition mais le corps ne suit pas, je passe des journées à procrastiner, enchaînant les épisodes sur Netflix avec des recherches stériles sur internet, à la recherche d’une solution miracle qui n’existe pas.

Je n’ai plus la force de me battre.

 

Etape 5 – l’acceptation

Nous arrivons à la fin des quinze premiers jours du confinement et nous savons déjà tous que cette situation va s’éterniser. Est-ce que les perspectives d’avenir sont plus claires ? Certainement pas. J’ai désormais la conviction que rien ne sera plus jamais comme avant mais, pas plus que les autres je ne sais de quoi l’avenir sera fait.

Par contre, j’ai repris espoir. J’ai bien compris que je ne pouvais rien y faire et qu’au lieu de me battre contre la situation, il serait plus judicieux d’employer mon énergie à préparer l’après-confinement. 

Ça fait un moment déjà que je sais que quelque chose ne va pas dans mes offres : je me disperse, je travaille avec beaucoup de profils différents et je me rends compte qu’il n’y a pas forcément de cohérence dans mon portfolio. 

Pourtant, j’adore cette diversité. J’aime découvrir ces différents secteurs d’activités, ces profils d’entrepreneurs différents, et me glisser dans leurs univers le temps d’une séance photo. Par contre, je me rends bien compte que ça complique mon discours. Je ne peux pas m’adresser à tous ces secteurs d’activité en même temps, mais il est bien trop épuisant et chronophage de créer une communication spécifique à chacun. Alors que faire? 

Et si je me concentrais sur ce que j’aime vraiment le plus et que je partais de là pour construire une offre unique pour les entreprises et les professionnels ? 

Depuis des mois, je me rends compte que mon travail est de plus en plus lié à l’image de marque des entrepreneurs que j’accompagne. Je construis mes images au service d’une identité visuelle d’un branding fort, notamment à travers la communication sur les réseaux sociaux. 

Ça fait des mois que je m’interroge sur la pertinence de formaliser tout ça au delà d’une simple activité photographique… Et si c’était le moment de se pencher sur la question ? 

Je reprends espoir et je décide d’employer les prochaines semaines à revoir entièrement la façon dont j’aborde mon activité et dont je présente mes offres. 

De quoi bien m’occuper jusqu’à la fin du confinement ! 

J’ai aussi retrouvé l’envie d’écrire et j’en profite pour alimenter mon blog : d’un article tous les quinze jours, je passe à un article par semaine. Je continue sur ma lancée et entame la rédaction d’un eBook dont le sujet est Instagram, mon deuxième cheval de bataille (d’ailleurs si vous souhaitez découvrir comment créer une communauté authentique et engagée sur Insta c’est par ici et c’est totalement gratuit !).

Que c’est bon d’avoir retrouvé espoir !

En plus, j’ai trouvé un travail qui me permettra d’assainir mes finances le temps que mon activité puisse repartir, mais ça nous en parlerons dans le prochain épisode.

4 Commentaires

  1. Stephanie ENTRE 2 COEURS

    Bravo Émilie ! J’aime bcp ta spontanéité, ta lucidité et ton positivisme en fin de compte !
    Je crois en toi !

    Réponse
    • EMILIE

      Merci beaucoup Stéphanie !! J’imagine que cela ne doit pas être simple de ton côté non plus… ? Mais oui, il faut être optimiste et profiter de cette période pour faire le point 🙂

      Réponse
  2. Julie

    Emilie,
    Tu sais déjà tout ce que je pense au sujet de cette crise. Je suis moi aussi impactée mais moins que ton métier. C’est normal que tu sois passée par une phase de déprime et de panique ! Je pense que nous l’avons tous traversée et malheureusement c’est aussi ça la vie d’entrepreneur, les hauts et les bas.
    Le plus important c’est que tu gardes en mémoire la raison pour laquelle tu as choisi ce statut.
    Après pour ce qui est de ton positionnement, tu as su trouver les solutions et les nouveaux axes et dis-toi que ça c’est déjà énorme ! Tu es sur la bonne voie.
    Bravo pour ton honnêteté et ton recul.
    Hâte de lire ton prochain article !

    Réponse
    • EMILIE

      Merci Julie ! Oui et effectivement, ce n’est simple pour personne ! C’est d’ailleurs ce qui m’a décidé à partager cet article, je me suis dit que peut-être cela parlerait à d’autres ^^
      Mais oui je positive et j’avance de mon côté en attendant l’après, je sais que toi aussi tu ne te laisses pas abattre et c’est le plus important:)

      Réponse

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